Les piloris d'Orp-le Grand et Orp-le-Petit.

Au temps de la féodalité, les seigneurs disposaient de la justice à tous les degrés : la haute justice, pour les condamnés à mort, au gibet, la moyenne justice ou la peine du pilori et la basse justice pour la perception des amendes.

Au XVIe siècle, la Haute Justice ou Justitia Alta « s’extend et comprend de faire emprisonner, piloriser, eschaffauder, faire exécution par pendre, décapiter et mettre sur roue, bouillir, ardoir… »

Quant à pilloriser ou pillorie, c’est élever un pilier pour « flageller des verges de l’infamie publique certains auteurs de vils faits ».

A cette époque donc, Orp-le-Grand disposait d’un pilori, ce poteau d’infamie où les mauvais garçons, les blasphémateurs entre autres étaient exposés aux regards et aux insultes de la foule.

La présence à cette époque de cet outil de justice se retrouve dans les comptes du Grand Mayeur d’Orp-le-grand des années 1529 à 1531 par diverses dépenses engagées. On y relève ainsi :

-Payé à Herman Servais, serrurier, demeurant à Jauche, auquel le mayeur a liquidé, pour avoir fait « ung quarcans avec un long bocquel et serrures pour le pilori auquel seront condamnés les mauvais garçons proférans jurons et blasphémant le nom de Dieu et semblables méchancetés « XII patars.

-Item à Estienne Nogairres, sergent de Jaudoigne, « lequel a livré audit mayeur ung fer de prison pour y emprisonner les délinquants » XXIV patars.

-Payé au fils du mareschal d’Orp-Le-Grand, « pour avoir fait un quarcans de fer et 2 crampons et les mis à l’arbre de Marets » payé XII patars.

-Le même mayeur ayant fait mettre semblables quarcans à Noduwez et à Pellaines.

Il faut savoir que ces notes furent rejetées des comptes de la chef-mairie d’Orp-le-Grand parce que les dépenses de cette nature incombent au grand Bailli du roman payis. On se rappellera que la chef-mairie d’Orp-le-Grand englobait les neuf villages de son ressort à savoir : Orp-le-Grand, Orp-le-Petit, Marets, Lincent, Pellaines, Linsmeau, Noduwez, Libertange et Hampteau.

Dans son recueil de « Souvenirs de jeunesse d’un octogénaire », J.J. L Vander Eyken-Lacroix décrit en détails le pilori d’Orp-le-Grand.

« Un fût cylindrique de près de trois mètres de hauteur, en calcaire carbonifère reposait sur un socle de quelques cinquante centimètres, maçonné sous la surface du sol et surmonté vraisemblablement d’une plate-forme couronnant deux ou trois marches d’escalier sur lesquelles devait monter le condamné et, couronnant le pilori, les armoiries du seigneur, haut justicier, suivant la coutume féodale ». A partir du niveau de la plate-forme sur laquelle montait le supplicié, celui-ci était solidement attaché au moyen de ferrailles ; vers le milieu du fût, des attaches ou liens passés sous les aisselles devaient maintenir le condamné contre la face antérieure du pilier. Vers le haut de celui-ci, également sur la face postérieure, d’autres attaches encore de manière à immobiliser le délinquant. On faisait descendre parfois, de ces attaches, des liens servant à fixer en hauteur, le long du fût, les bras du patient ». 

C’est ainsi,  poursuit notre octogénaire, que durant des jours parfois, le condamné devait supporter les insultes, les moqueries et les injures de la population qui allait même jusqu’à lui cracher à la face.

Sauvé par le mayeur

 Emblème de la moyenne justice qui s’y rendait, sous l’ancien régime, le pilori fut sauvé par Eugène Maleve, mayeur d’Orp. Il le conserva avec soin dans son domaine de Maret, caché dans un massif de verdure, jouxtant la chapelle sépulcrale qu’il avait fait édifier au milieu de la pelouse. Par testament, le mayeur avait légué une partie de ses biens à l’Assistance publique à l’effet de construire en son domaine un hospice pour les indigents de la région. Ce n’est qu’en 1956, près d’un demi-siècle après son décès que l’on mit en œuvre les travaux de l’hospice Maleve à Maret. On démolit ainsi des anciennes bâtisses et le dernier vestige de la justice féodale fut réduit en morceaux et incorporé par les ouvriers dans les fondations. En cette année 1956, le pilori d’Orp-le-Grand avait vécu.

Il y eut donc trois piloris sur le territoire d’Orp-Jauche, un à Jauche qui existe toujours mais qui n’est pas visible, situé dans la propriété du château sur la grand-place, un à Maret qui a comme on l’a vu vraisemblablement disparu lors de la construction de la ferme de Maret et celui d’Orp-le-Petit.

Ce dernier subsiste dans la prairie sise au pied du vieux château, face à la place communale, le pilori de la seigneurie de cette commune. Rappelons que le château d’Orp-le-Petit fut érigé à la fin du XVIIIe siècle (1780) par le baron Destières. Auparavant, la seigneurie d’Orp-le-Petit ne comprenait qu’une importante ferme, un moulin banal, une franche taverne, un livre de cens, les fiefs de Clabetche, le livre de cens de Hemonimes et, la justice à tous les degrés.

Voici une dizaine d’années, l’Office du tourisme d’Orp-Jauche a décidé de sauver le pilori d’Orp-le-Petit en le restaurant, ceci dans le cadre de sa politique de remise en valeur du patrimoine local.

A cette époque, une étude rapportait que les historiens avaient des doutes sur la localisation première et la date de ce pilori d’Orp-le-Petit. D’après leurs conclusions, le pilori devait se trouver à l’origine sur la place du village ou à quelques pas de là devant la grande ferme-résidence des seigneurs d’Orp. Pour la date de son érection, les mêmes historiens penchent pour l’époque de Louis XIV à cause de sa sobriété et ses moulures. Il émettent des doutes également sur la période de son déplacement dans une prairie du Château Rose construit en 1782 par le baron Albert-Pierre de Stier et dont la commune a racheté la prairie en 1821. Le résultat des recherches relate également que les deux parties de ce pilori ne datent pas de la même époque. La base, socle quadrangulaire orné d’une feuille d’anacanthe épanouie serait originelle et non pas le fût hexagonal. La première partie est en calcaire de Meuse et le reste en calcaire fleuri. Quant à l’anneau d’origine, il a disparu du pilori.

Restauration

La restauration du monument, due au talent de Christophe Mahy, tailleur de pierres à Pesche, ainsi que son installation à l’emplacement actuel ont été réalisées en 2009 avec l’autorisation de la famille de Viron, l’aide financière du « Petit Patrimoine Populaire Wallon » et la collaboration des services techniques communaux.

 Le Château Rose

 Après avoir tout  ou presque tout dit sur le ou les piloris, arrêtons-nous un instant sur ce fameux Château Rose que nous décrit la Maison du Tourisme de Hesbaye Brabançonne

« Dominant le hameau d’Orp-le-Petit, le Château Rose, qu’on appelait jadis la Villa Michotte du nom de ses propriétaires au XIXe siècle, fut bâti vers 1782 par le baron Albert Astier.

Imposante villa avec dépendances, le tout construit en briques et pierre de Gobertange, le château d’Orp-le-Petit devint alors la résidence des seigneurs d’Orp-le-Petit et Orp-le-Grand. Il remplaça alors l’ancienne habitation seigneuriale installée jusqu’alors à la Grande Ferme. Au début du XXe siècle, les Schiller, maîtres des lieux à l’époque agrandirent le château en y adjoignant une tourelle.

Dans la prairie, en contrebas du château, se dresse un vieux pilori de la fin du XVIIIe siècle. Ce symbole et instrument de justice, admirablement restauré, se compose d’un socle quadrangulaire sur lequel est érigé un fût hexagonal surmonté d’une boule en pierre ».

Rappelons que le pilori se trouve dans une propriété privée dont l’accès est interdit.

 

 

 

 

 

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